Le mécanisme de développement propre (MDP) : bilan et perspectives

Livre

VIEILLEFOSSE Aurélie | MINISTERE DE L'ECOLOGIE ET DU DEVELOPPEMENT DURABLE

Edité par Ministère de l'écologie et du développement durable. Paris - 2006

En dépit des nombreuses critiques qui lui sont adressées, le Mécanisme de Développement Propre (MDP) est un succès. Ce succès est à double tranchant car sur fond de piétinement des négociations internationales pour le post-2012, il cristallise aujourd’hui toutes les attentes et intérêts. Or le MDP ne peut pas relever à lui tout seul l’ensemble des défis du changement climatique. On estime que les projets MDP en cours de développement pourraient générer 1 036 millions de crédits d’ici 2012 (152 MtCO2/an), soit 1,57% des émissions en 2002 des parties Annexe B du protocole. Le MDP subit des pressions contradictoires de nombreuses parties prenantes : les ONG qui considèrent qu’’il ne participe pas assez au développement durable, les pays africains qui ne reçoivent pas assez de projets. Les milieux industriels qui aimeraient rendre l’instrument moins contraignant sur la démonstration de l’additionalité des projets... Les gouvernements doivent en particulier se préserver de cette pression car il est essentiel de préserver l’intégrité environnementale du mécanisme. Aujourd’hui, des incertitudes pèsent sur l’avenir du MDP puisque sa pérennité n’est pas assurée après 2012. Etant donné le temps de préparation d’un projet et la durée d’approbation des projets par le Conseil exécutif du MDP, il est important que la COP envoie assez rapidement un signal de stabilité temporelle du mécanisme au-delà de 2012, sinon l’intérêt des industriels pour le MDP risque de diminuer sensiblement. Cependant, un tel signal ne peut être donné indépendamment de la poursuite des négociations sur le post-2012. La possibilité ouverte à Montréal de faire des regroupements de projet ou du MDP programmatique devrait offrir de nouvelles opportunités. Toutefois, celles-ci ne sont pas suffisantes pour que le MDP a lui seul change durablement les trajectoires d’émission des pays en développement. Il n’apparaît d’ailleurs pas souhaitable de poursuivre en acceptant de financer l’intégralité des politiques de réduction d’émissions dans les pays en développement. En effet, les montants sont beaucoup trop élevés (20 à 120 milliards d’euros par an) pour envisager un financement des seuls pays développés. L’enjeu aujourd’hui est donc d’imaginer des instruments innovants qui permettront aux pays du Sud de participer d’une façon ou d’une autre à l’effort collectif de réduction.