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Plan de gestion des espaces viticoles et forestiers du site classé du Vézelien : t1 et 2
Livre
Edité par DIREN BOURGOGNE - 2009
Les structures paysagères héritées de la géomorphologie du site
Le site classé du Vézelien se structure de part et d’autre d’une vallée centrale, la vallée de la Cure. Celle-ci creuse le socle cristallin du Morvan dans la partie sud-est du site, selon un linéaire encaissé, rocailleux et forestier, puis le plateau des calcaires Bathonien-Bajocien en aval. La vallée prend alors la forme d’une belle plaine alluviale, à fond plat, évasée au niveau de Vézelay puis resserrée à son extrémité Nord vers Blannay. Deux ensembles de buttes témoins précèdent le plateau des calcaires oolithiques : l’un est situé en amont de Vézelay en rive gauche de la Cure, l’autre est situé en aval de Vézelay en rive droite de la Cure. La butte témoins sur laquelle ont été bâtis l’abbaye et le village de Vézelay se situe à la charnière de ces deux ensembles. Elle se détache particulièrement sur son environnement du fait de son altitude supérieure aux proches sommets (330m), de sa proximité avec la Cure (160 mètres de dénivelé), de la présence de deux longs vallons au nord et au Sud (Combe Bourier et Val de Poirier), de l’évasement de la vallée de la Cure à son niveau. De ce fait, elle se perçoit des quatre coins de l’horizon. Elle offre également une vue sur son environnement, notamment vers la vallée de la Cure jusqu’à ses deux resserrements, de Blannay au Nord et de Pierre-Perthuis au Sud. On peut remarquer l’accès aisé depuis Vézelay vers les gisements de fer fort, exploités sur le plateau, notamment à l’époque gallo-romaine (faible distance et faible dénivelé en passant par les lieux dits Ermitage puis Justice).
Les structures paysagères héritées de l’occupation humaine ancienne du site
La mise en valeur agricole des lieux a débuté dès le néolithique et les époques protohistoriques. Vers les 18ème et 19ème siècles, les paysages étaient très ouverts comme le montrent les cartes de Cassini et d’Etat Major. L’ensemble du rebord oriental du plateau et la quasi-totalité des buttes témoins étaient labourés ou pâturés. Des lignes de vergers et de vignes parsemaient les cultures en petites parcelles. Dans ces paysages très ouverts, deux éléments apparaissaient structurants : d’une part, les linéaires des cours d’eau, de leurs ripisylves et des prés qui les longeaient ; d’autre part, le vignoble sur les coteaux pentus orientés au Sud, à l’Est et à l’Ouest (plus de 500 ha). Au Moyen Âge et jusqu’au 18ème siècle, les constructions et les remparts de Vézelay se détachaient nettement sur une colline plantée de vignes et de vergers (cf. gravure de Dawiet de 1610).
En 1950, le grand vignoble de production a disparu suite aux dégâts causés par le phylloxera. Il ne s’est pas maintenu face à la concurrence des vins issus d’autres régions, qui s’est renforcée avec le développement des transports. Seules subsistaient des petites parcelles de vignes dispersées, plantées pour l’autoconsommation. Les fonds de vallées et les sols marneux aux bas des coteaux notamment dans la dépression périmorvandelle, étaient maillés d’un bocage serré. L’élevage s’est développé de façon générale en France à cette époque, car le moindre travail qu’il représentait alors, comparativement aux labours céréaliers, apparaissait plus compatible avec la situation de paysans double actifs qui s’est développée avec l’industrialisation. Les premières plantations forestières et les friches arborescentes sont apparues dès la première moitié du 20ème siècle sur les reliefs, annonçant le début de la déprise agricole.
Les structures du paysage actuel
La déprise agricole, commencée il y a un siècle dans le Vézelien, se poursuit. L’abandon des parcelles agricoles trop pentues, humides ou éloignées des sièges d’exploitation, s’est même accentué depuis une vingtaine d’années. A titre indicatif, la Superficie Agricole Utilisée dans le Vézelien a baissé de 21 % entre 1979 et 2000, ce qui s’accompagne d’une augmentation équivalente des friches et boisements. Parallèlement, les labours en grandes parcelles de monoculture s’étendent au détriment des Superficies Toujours en Herbe, évolution qui s’accompagne d’une coupe des bosquets, vergers et vignes qui parsemaient traditionnellement les labours. Ainsi, les paysages deviennent tantôt confus du fait d’une extension peu maîtrisée des boisements, tantôt excessivement uniformisés du fait de la coupe des bosquets, vergers et vignes dispersés dans les cultures. La qualité des perspectives à partir de Vézelay et vers Vézelay en pâtit.
Avec la relance du vignoble du Vézelien à compter des années 1970, notamment à partir de l’obtention de l’Appellation d’Origine Contrôlée Bourgogne en 1988, une centaine d’hectares de coteaux en friche a été reconquise et donne lieu à de superbes perspectives. Plus de 200 ha d’AOC restent encore à planter. Ainsi, la reconquête du vignoble permet de contenir quelque peu la déprise agricole sur les coteaux, elle gagnerait à s’étendre encore.